
On trouve un peu partout que l’œuvre « Les Bergers d’Arcadie » de Nicolas Poussin aurait été réalisée entre 1638 et 1640. Le tableau aurait donc été peint à Rome avant le départ de
Poussin fin 1640 pour la France. Néanmoins rien ne prouve que le tableau ait été peint durant cette période 1638-1640.
Le but de cet article est de suivre la piste des Bergers d'Arcadie au fil du temps et pourquoi pas également éclairer les lecteurs sur l'énigme de Rennes le Château et son abbé mythique : Béranger Saunière. Cet article se veut évolutif (donc à compléter ou corriger) en fonction d’informations que je pourrais encore trouver au hasard de recherches ou alors en fonction de remarques que je pourrais recevoir de la part de lecteurs (les sources sont également les bienvenues).
Le tableau que l’on appelle aujourd’hui « Les Bergers d’Arcadie » a porté des noms différents :
- Félicité sujette à la mort ;
- Le bonheur sujet à la mort ;
- Les pasteurs d’Arcadie[1].
Partons de quelques informations qui permettent de situer la toile au fil des siècles :

Propriétaire : Etat français
Lieu : Paris, Musée du Louvre (actuellement Aile Richelieu, au 2ème étage, salle 14)

Depuis : 1803, soit 10 ans après que le palais du Louvre devint un musée (1793). Le musée s’appelait en 1803 le musée Napoléon.
Observation (s) : le tableau a été prêté[2]. Par ailleurs, les Bergers n’ont pas toujours été exposés au grand public. Ils sont restés dans la réserve avant de partir et de revenir pour un autre musée ou pour subir une radiographie.
Question (s) : Le tableau a-t-il été entreposé à Chambord durant la seconde guerre mondiale ?[3]
1803 : Transfert de Versailles vers Paris au Louvre.

Propriétaire : Roi de France, Louis XIV puis en 1715 Louis XV et en 1774 Louis XVI.
Lieu : Château de Versailles, petit appartement[4] du Roi sous le règne de Louis XIV mais le tableau a sûrement été déplacé dans le château lors des règnes successifs.
Depuis : 1685
Observations : En 1685, le roi Louis XIV achète également «L’enlèvement des Sabines », « Le jugement de Salomon » de Poussin, et d’autres tableaux. Il achète également à Fromont de Veines « La mort de Saphire » de Poussin. Le roi, et il n’est pas le seul, apprécie le peintre Nicolas Poussin. Le classicisme est en vogue à cette époque.
Pour information, en 1665, le duc de Richelieu, Armand Jean de Vignerot du Plessis, petit neveu du cardinal perdit au jeu de paume contre Louis XIV ses treize Poussin (a priori les Bergers ne font pas partie du lot) et d’autres tableaux. Le roi le dédommagea en lui versant 50 000 livres.
Ces achats font partie des très nombreux chefs-d’œuvre destinés à enrichir la collection de la Couronne. En 1650, on passe de quelques dizaines de peintures à environ deux mille cinq cents tableaux à la fin du 17ème siècle.
1685 : Transfert du tableau d’un marchand d’Art vers un roi de France appréciant les œuvres de Poussin.
Propriétaire : Charles-Antoine Hérault (1644-1718) peintre de paysage de l’académie royale mais aussi marchand.
Lieu : France
Depuis : ?
Observation (s) : Entre la famille Hérault et Poussin, il a dû y avoir un ou des propriétaires qu'il est difficile d'identifier aujourd'hui.
Question (s) : Est-ce son père Antoine Hérault, marchand d’art, qui a acheté le tableau ? A qui et quand ?
Si le tableau a été peint à Rome : On peut imaginer que le tableau ait voyagé par bateau depuis Civitavecchia (port de Rome) vers Marseille, puis du port français par charrette jusqu’aux environs de Paris (soit presque une semaine de transport). Il est aussi possible que le voyage se soit fait par la terre via Florence[5].
Propriétaire : Nicolas Poussin. Il meurt en 1665.
Lieu : 1/ Rome, Italie
2/ France, Poussin habite une maison dans le jardin des Tuileries
Depuis : 1.1/ Tableau peint à Rome avant le retour de Poussin en France 1638-1640
2/ Tableau peint en France entre le 1640 et le 1641.
1.2/ Tableau peint après le retour de Poussin à Rome après fin septembre 1641 (il arrive à Rome le 6 novembre). Il habite le mont Pincio près de la villa Médicis.
Question (s) :
Qui fut le commanditaire du tableau ? D’après le 1er biographe
de Poussin, Giovanni Pietro Bellori, il s'agit de Giulio Rospigliosi futur pape Clément IX qui « suggéra» le tableau au peintre. En était-ce le réel commanditaire ?

Quoi qu’il en soit, Nicolas Poussin peignait pour de nombreux ecclésiastiques.
Cela a pu être également Francesco Barberini ou son oncle le pape Urbain VIII.
Suite à une affaire de détournement d’argent, la famille Barberini s’exile pour la France en 1646 avec peut-être les Bergers d’Arcadie… Une autre possibilité mais peu probable, Nicolas Poussin
aurait-il peint les Bergers d’Arcadie uniquement pour lui ?
Un point de vue très intéressant
(publié avec l'autorisation de M. Daffos) :
D'après M. Franck Daffos, la date de réalisation de ce tableau ne peut être antérieure à 1650. Selon lui Nicolas Poussin aurait confié la réalisation du fond des Bergers
d'Arcadie à J-P Rivalz (1625-1706) qui fut "prêté" à Nicolas Poussin par un peintre toulousain Ambroise Frédeau (1589-1673). Ces informations ont été rétrouvées après de longues
recherches au sein de diverses archives. J-P Rivals était natif de l'Aude, du diocèse de St-Papoul, voisin de celui d'Alet. Ses recherches minutieuses l'ont également mené à
retrouver l'endroit précis dans le Razès d'où fut peint le fond de ce tableau et d'où il fut recopié "copie-conforme" pour l'oeuvre de Poussin. Il est évident selon lui que le tableau a
un lien avéré avec l'Aude. Par ailleurs, le tableau de Poussin fut commandé à Poussin par Nicolas Pavillon, évêque janséniste d'Alet par l'entremise d'un autre peintre très connu à
l'époque. La preuve se trouve pour partie au musée des Augustins de Toulouse et pour une autre partie dans certains écrits issus de Port-Royal des Champs.
[1] On trouve ce nom dans la liste des œuvres détenues par le roi à Versailles.
[2] Le tableau a été prêté au musée de Rennes (Ille-et-Vilaine) et il a été exposé d’octobre 2006 à septembre 2007 au High Museum d’Atlanta aux Etats-Unis.
[3] Une exposition « Otages de guerre » se tient à Chambord sur ce sujet. Je n’ai pas trouvé (sur le net) de listes des œuvres qui y ont été mises à l’abri. Si quelqu’un se rend à l’expo…
[4] On appelait « petit appartement » les pièces plus petites et privées localisés dans le prolongement de la chambre du roi. Ces pièces abritaient les collections de Louis XIV. Louis XV les transforma en chambre, cabinets de travail et salles à manger privés loin de la vitrine officielle des salles dédiées au protocole.
[5] Le premier voyage de Poussin vers l’Italie vers 1617-1619 s’est arrêté à Florence.