Samedi 26 décembre 2009 6 26 /12 /2009 10:52

gros plan poussin
Nicolas Poussin n’était pas uniquement un peintre. Il fut aussi un savant dans des domaines aussi variés que les mathématiques, la mythologie, l’anatomie, la perspective, l’optique, la géographie et l’histoire. Il est de la trempe de Léonard de Vinci ou Michel-Ange.

Il vécut la majeure partie de sa vie à Rome car en France la guerre civile faisait rage. Toutefois, à la demande de Richelieu, il revint deux ans en France pour devenir le premier peintre du roi (1640-1642).

Les peintures de Poussin ont été « construites » à la règle à mesurer et au compas. Rien n’est laissé au hasard, chaque détail a été pensé. L’impression qui domine est qu’un secret a été dissimulé dans chacune des œuvres de Poussin. 

Les Bergers d’Arcadie sont intimement liés à la France. Sans parler de l'étrange coïncidence des trois bergers qui portent chacun les couleurs du drapeau français actuel (notre drapeau sera tricolore après la révolution), ce tableau a appartenu au roi Louis XIV et est maintenant exposé au Louvre.

n fouquet
Au lendemain de la fronde, Nicolas Fouquet est selon Paul Morand « le vrai roi de France »
[i].  Louis XIV l’a fait surintendant des finances et dans ses fonctions, il s’est enrichi.
vaux le vicomte
Le château de Versailles n’existe toujours pas et le château de Vaux est une offense au roi : une bibliothèque de 30000 ouvrages, des amis hommes des arts et des lettres : La Fontaine, Molière et le peintre Charles Le Brun qui a étudié à Rome en compagnie de Poussin, viennent souvent y parader.
fouquet
La devise des armoiries de la famille Fouquet injustement écrite par les détracteurs de Nicolas Fouquet « Quo non ascendam » : jusqu’où ne monterai-je pas ? était en fait « Quo non ascendet ? » qui signifie jusqu’où ne montera t’il pas ? C'est son père François IV Foucquet qui ajouta aux armoiries de la famille cette devise. L'animal du blason provient de son nom "fouque" qui signifie « écureuil » en vieux français.
En 1655, Nicolas Fouquet envoie son frère cadet Louis pour une mission à Rome. Louis, abbé de son état, doit prendre contact avec le peintre Nicolas Poussin.
lettre curé Louis
Extrait d’une lettre de 1656, qui suscite beaucoup d’interrogations, envoyée par Louis de Rome pour son frère Nicolas.
[ii]
Rome, le 17 avril 1656
J’ai rendu à Monsieur Poussin la lettre que vous luy faites l’honneur de lui escrire ; il en a témoigné toute la joie imaginable. Vous ne sauriez croire, Monsieur, ni les peines qu’il prend pour vostre service, ni l’affection avec laquelle il les prend, ni le mérite et la probité qu’il apporte en toutes choses. Luy et moi nous avons projeté certaines choses dont je pourrai vous entretenir à fond dans peu, qui vous donneront par monsieur Poussin des avantages que les roys auraient grand peine à tirer de lui, et qu’après lui peut-être personne au monde ne recouvrera jamais dans les siècles advenir ; et, ce qui plus est, cela serait sans beaucoup de dépenses et pourrait même tourner à profit, et ce sont des choses si fort à rechercher que quoi que ce soit sur la terre maintenant ne peut avoir une meilleure fortune ni peut-être égale.
Le professeur Jacques Thuillier écrira : « Ce projet mystérieux pose la plus étrange énigme. A quelle entreprise merveilleuse pouvaient bien rêver le vieux peintre et le jeune abbé, peu enclin à l’enthousiasme. »
Certains pensent qu’il fait référence à des fouilles archéologiques à Rome ou dans le Tibre. Derrière tout cela, il y a un secret qui n’est pas nécessairement caché à Rome et dont Poussin n’est pas enclin à partager avec le roi de France. De peur de voir disparaître ce secret, Nicolas Poussin en a peut être dissimulé les clefs au cœur de ses tableaux.
Signature
Le sceau de Poussin : une femme tenant une nef ou une arche, avec la devise « Tenet confidentiam » : elle est dans la confidence, elle détient le secret. C’est le sceau du secret. Une nef peut être assimilée à l’Eglise : la toiture en charpente des premières églises ressemblait à une coque renversée.
Jésus prêchant barque
L’arche peut désigner l’enseignement de Jésus qui s’est souvent fait à partir d’une barque, sur le lac de Gennésaret par exemple.
Evangile selon Luc :

Lc 5:1-

Or il advint, comme la foule le serrait de près et écoutait la parole de Dieu, tandis que lui se tenait sur le bord du lac de Gennésaret,

Lc 5:2-

qu'il vit deux petites barques arrêtées sur le bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets.

Lc 5:3-

Il monta dans l'une des barques, qui était à Simon, et pria celui-ci de s'éloigner un peu de la terre ; puis, s'étant assis, de la barque il enseignait les foules.

Richesse éhontée de Fouquet : Colbert alerte Louis XIV.
Louis14
17 août 1661, la fête organisée par François Vatel à Vaux est la fête qui sonne le glas de Nicolas Fouquet. Le roi sur le chemin du retour résume son impression à Anne d’Autriche : « Ah, madame, est-ce que nous ne ferons pas rendre gorge à tous ces gens-là ». Fouquet est arrêté en septembre de la même année. Pensant que les secrets qu’il partageait avec le roi le protègeraient, Fouquet ne s’est jamais inquiété. "La seule explication, c'est qu'entre lui et le roi il y avait des secrets qui le mettaient, croyait-il à l'abri." écrit Paul Morand. Quels secrets ?

Le procès dure 4 ans, deux clans se divisent sur la question, le premier président du tribunal, Lamoignon, est favorable à celui-ci. Pour assurer un verdict conforme au souhait du roi, on le remplace par Séguier. Fouquet est condamné au bannissement perpétuel et la confiscation de ses biens. Louis XIV casse le jugement en évoquant la sûreté de l’Etat : banni Fouquet pourrait encore parler.

Enfermé à Pignerol, on le met au secret absolu sans plume ni papier. Il mourra en prison, on dit qu’il fut inhumé à Paris chez les filles de la Visitation dans une tombe qui ne porte pas d’inscription. On voit même en lui le célèbre masque de fer. Paul Morand écrit « il ne fallait pas qu’il ouvrît la bouche : il ne l’ouvrira jamais ».

Poussin meurt en 1665. Vingt ans après, Louis XIV fait l’acquisition des Bergers d’Arcadie qu’il place dans ses appartements privés à Versailles.

tombe de Poussin
Le mausolée de Poussin se trouve à Rome, dans l’église San Lorenzo in Lucina. C’est Châteaubriand qui le fit ériger lorsqu’il était ambassadeur en Italie. Monument sobre : le buste du peintre placé au-dessus d’un bas-relief qui est la reproduction des Bergers d’Arcadie.
Chateaubriand
Châteaubriand y a fait graver cette dédicace :

«  François-René de Châteaubriand à Nicolas Poussin pour la gloire des arts et l’honneur de la France. » On peut lire également :

PARCE PIIS LACRIMIS VIVIT PUSSINUS IN URNA
VIVERE QUI DEDERAT NESCIUS IPSE MORI
HIC TAMEN IPSE SILET SI VIS AUDIRE LOQUENTEM
MIRUM EST IN TABULIS VIVIT ET ELOQUITUR

Traduction :

Retiens tes larmes pieuses, dans cette tombe Poussin vit,
Il avait donné la vie sans savoir lui même mourir,
Il se tait ici mais, si tu veux l'entendre parler,
il est surprenant comme il vit et il parle dans ses tableaux.

 
Aujourd’hui le tableau de 85 cm de haut sur 121 cm de large « Les Bergers d’Arcadie », est visible dans l'aile richelieu, au 2ème étage, dans la salle 14, du musée du Louvre.        

 



[i] Fouquet ou Le Soleil offusqué, biographie (Gallimard,1961)

[ii] Archives de la famille de Cossé-Brissac, lettre publiée dans les Actes du colloque Nicolas Poussin, Paris, éditions du Centre national de la recherche scientifique.

 

Par Kronos - Publié dans : L'énigme sacrée - Communauté : Rennes-le-Château
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