
Malgré le peu de temps libre qu’avait Tintin, celui-ci a tout de même trouvé le temps de jouer au roi des jeux et au jeu des rois : les échecs !

La première fois qu’on voit jouer Tintin, c’est dans l’album « L’oreille cassée ». Il est colonel, certes un peu d’opérette, et son adversaire est le général Alcazar. Le jeu que
représente Hergé a-t-il un sens ? Déjà, on peut noter le souci du détail, on a bien les 64 cases d’un échiquier et la case noire se situe bien en bas à gauche de chaque joueur. Tintin a les
noirs et le général Alcazar a les blancs. Il semble que les pièces soient de qualité, des « Staunton » sans aucun doute.
La situation est délicate et c’est Tintin qui en fait les frais sous le regard médusé de Milou qui voit son maître perdre par un
incontournable « Echec et mat ! ».

Tintin n’aura pas l’opportunité de prendre sa revanche puisque brusquement une bombinette s’invitera de façon très impromptue pour « fêter » la victoire du général
Alcazar.

Les échecs apparaissent également dans Tintin au Tibet[1].
Au-delà du jeu, on peut discerner dans quel état d’esprit était Hergé à l’époque de la réalisation de Tintin au Tibet. Pour l’anecdote, cet album aurait dû s’appeler « Le museau de la
vache »[2].

Tintin était à l’époque en pleine psychanalyse avec Franz Riklin, un proche du célèbre psychanalyste Carl Gustav Jung. Tintin au Tibet a demandé à Hergé de très gros efforts pour aboutir. En
plein divorce avec Germaine Kieckens (Fanny Vlamynck venait d’entrer dans sa vie), il se posait d’incontournables questions qui le conduiront vers la dépression. Il faut voir le jeu d’échecs
comme une forme d’obsession. Tout d’abord, Tintin « éclate » le jeu dans un rêve prémonitoire. Puis, c’est au tour du capitaine Haddock qui cauchemarde sur son compagnon le professeur
Tournesol sur la base d’un échiquier.

Hergé est à la limite de l’échec mais son grand talent lui permettra de finir l’album qu’il affectionnait le plus, un album teinté de blanc comme la neige de l’Himalaya, un album qui au fil des
pages s’épure de plus en plus pour devenir de plus en plus blanc. Les échecs ici symbolisent le combat de bien et du mal, des blancs contre les noirs. Hergé avait en lui le « démon de la
pureté » que l’album de Tintin au Tibet, telle une catharsis, a fini par tuer sans pour autant réduire la qualité des albums qui suivront.
Admirez le cavalier du jeu d’échecs
cauchemardesque d’Hergé : il est très picassien, ce n’est plus un cheval, c’est un taureau doté de belles cornes !
Un article sur Tintin en 4D
(!!) sous ce lien.