Beaucoup moins connu que Pompéi ou le Machu
Picchu :
Dans le sud ouest du Colorado, à plus de 2600 mètres d’altitude, dans le parc de Mesa Verde (table verte en espagnol), le temps s’est arrêté. Au cœur de falaises, les habitations d’une civilisation indienne maintenant disparue semblent pétrifiées pour l’éternité.
Près de 600 habitations rupestres, c’est-à-dire réalisées sur une paroi rocheuse, ont été recensées dans le Parc national de Mesa Verde. Ce parc est constitué d’un vaste plateau appelé « Mesa » qui est sillonné par de profonds canyons où l’on peut à certains endroits admirer d’anciens villages. Ces vestiges appartenaient aux Anasazis, ancêtres des indiens pueblos.
Les Anasazis ont d’abord été un peuple nomade. Devenus sédentaires
vers 450 de notre ère, ils ont développé la vannerie et l’agriculture. Ils ont cultivé des plantes aussi diverses que du maïs, des haricots et des courges. La poterie faisait partie également du
savoir faire de ce peuple. Les poteries anasaziennes se distinguent par les motifs dessinés à la peinture noire minérale sur un fond blanc.
Ils ont commencé par habiter dans des huttes rudimentaires à demi enterrées, puis dans des cabanes
recouvertes de boue séchée. C’est à partir de cette époque, qu’on les appelle les « pueblos » (village).
Leur évolution s’étale sur plusieurs siècles.
Vers le 8ème siècle, ces indiens développèrent le troc d’arcs, de flèches, de volailles (ils ont domestiqué le dindon) et de tissus en coton dont la matière première provenait du Mexique, avec d’autres tribus indiennes situés à l'Ouest du continent.
Vers l’an 1000, les techniques de construction ont commencé à évoluer. Dès cette époque, les
constructions des Anasazis sont constituées de pierres voire de gros blocs de pierre et comprennent plusieurs niveaux.
Il développe également un réseau hautement perfectionné de canalisations permettant d’alimenter un réservoir d’eau et de nombreux mini barrages de
retenue utilisés pour irriguer leurs potagers.
La maîtrise de la poterie et des techniques agricoles permettent aux villages de prospérer sur le plateau. Le « spirituel » n’est pas absent de leur communauté, en témoigne les « Kivas » dont l’étude a montré qu’ils étaient le support de cérémonies religieuses dont le rituel nous est inconnu faute de traces écrites.
Aux environs de 1200, les villages du plateau ont été brutalement désertés pour être reconstruits dans les anfractuosités des falaises qu’offraient le plateau sillonné de canyons. Cette migration doit probablement son origine à une menace qui reste aujourd’hui indéterminée (conflits, changement climatique ?). Le repli dans ses alcôves naturelles permettait de s’abriter des intempéries et de se protéger plus facilement.
Le plus vaste de ces village s’appelle « Cliff palace » (le palais de la falaise : 100 m de long sur 30 m de large). Plus de 250 personnes vivaient dans ce village. Les pierres avec lesquelles a été édifié cet ensemble de donjons et de maisons (dont certaines atteignent quatre étages) ont été taillées à la hache.
Ce village fut habité durant 2 générations puis, pour une raison qui reste floue, les indiens ont définitivement abandonné les falaises. Les climatologues attribuent ce départ à une sécheresse qui aurait duré plus de deux décennies, commencée dès la fin du XII siècle et aggravée par un rafraîchissement du climat. Les squelettes d'enfants en particulier, portent des traces d'anémie. La malnutrition était devenue chronique, la mortalité infantile élevée et l'espérance de vie faible. Cette lutte pour la nourriture entraina certainement des conflits : les archéologues ont trouvé des villages brûlés avec leur population massacrée. On a même découvert des traces de cannibalisme.
Les conditions de vie devenues très diffpoussèrent ces indiens à
migrer vers l'Arizona et l'ouest du Nouveau-Mexique. Ce peuple s’est fondu dans d'autres tribus
Pueblo, telles que les Hopi ou les Zuni.
La nature a depuis longtemps transformé en ruines les maisons du plateau et
recouvert les champs de végétation sauvage, mais les habitations des falaises demeurent pratiquement intactes. Chaque soir, lorsque les visiteurs sont repartis et que les ombres envahissent les
parois du canyon, une atmosphère de pesante désolation envahit ces édifices sur lesquels plus de sept siècles sont passés et où le temps s’est brutalement arrêté.