« Et alors, comme à l’heure où l’épouse de Dieu se lève, pour adresser à l’époux le chant du matin, afin d’obtenir son amour, nous sommes
appelés par une horloge, dont les rouages s’attirent et se repoussent l’un l’autre, de manière que le tin tin se fait entendre avec un son si doux ; que l’esprit bien disposé des croyants se
gonfle d’amour ; c’est ainsi que je vis la glorieuse couronne se remettre en mouvement et reprendre son chant avec une harmonie et une douceur qui ne peuvent être connues qu’ici au Paradis,
où la joie dure pour l’éternité. »
Le Paradis – Dante (1265-1321)
Dans cet extrait du Paradis de la Divine Comédie, Dante évoque les moines (l’Eglise, épouse de Dieu) réveillés par le tintement de l’horloge qui annonce l’heure d’aller chanter les matines.
La représentation du temps qui passe dans une journée a changé au fil des époques. Tout cela n’a pas été sans incidence sur l’Homme.
3000 avant JC environ : Une simple ombre
Le temps est représenté par une ombre mobile qui dessine un semblant de courbe. Presque irréelle, cette représentation
du temps n’est pas encore au centre des actions humaines. Gnomons et cadrans solaires sont les instruments de quelques initiés.
1500 avant JC : Le début de la séduction
Le temps commence son œuvre de séduction. L’Homme tente d’attraper le temps, celui-ci lui glisse entre les doigts de la main comme l’eau ou le sable. Clepsydres puis sabliers
deviennent les gardiens du temps, les gardiens de l’Homme. Le temps linéaire permet une représentation aisée de l’évolution et du progrès.
Fin du moyen âge : Enfermé dans un cercle
Le recommencement des événements de la vie (rotation des astres, les quatre saisons, les guerres, etc.) dans le temps
traduit une cyclicité plutôt qu’une linéarité. C’est l’époque aussi où l’Eglise tente de s’accaparer le temps. Les Hommes doivent être au même diapason. Au final, les horloges mécaniques
s’intègreront dans l’architecture des églises. Les cercles dessinés par les aiguilles vont commencer à hypnotiser les Hommes. C’est le temps de l’éternel recommencement. Cette représentation de
l’heure enfermée dans un cercle a des effets rassurants pour l’Homme.
XXème siècle : Compte à rebours
Le défilement des secondes, des minutes et des heures sans discontinuité génère une angoisse. Le cadran numérique
est semblable à une espèce de compte à rebours. C’est un décompte du temps qui annonce une fin probable, une apocalypse enfouie dans l’inconscient collectif. Chaque « grand» événement (11
septembre, crise financière) amène l’Homme à se remettre en question, à remettre à zéro le compte à rebours pour débuter une nouvelle ère. Ce principe permet à l’Homme de croire en un avenir
malheureusement de plus en plus incertain.